Tout commence au Moyen-Age, l’église Sainte-Marie Madeleine et ses fidèles profitent d’une vie de paroissiens paisible. La tourmente révolutionnaire de 1789 n’entache en rien la sérénité du village qui conserve son nom originel. En 1890, la restauration de l’église est même confiée à l’architecte calaisien Abel Vilain, illustre artiste à qui l’on doit également les oeuvres de Notre-Dame de Wisques et Notre-Dame de la Treille à Lille. Mais c’est au XXème siècle que l’église va vivre ses pires épreuves : deux catastrophes en à peine 30 ans marqueront à jamais la vie des habitants.

L’incendie de 14 août 1934 : l’ironie du sort

Détruite par un incendie, le 14 août 1934, l’église fut reconstruite entre 1935 et 1936 , par Gustave Vandenbergue, sous le vocable de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus (seule statue ayant échappée aux flammes). A la veille de l’Assomption, grand jour de fête catholique, vers midi, l’abbé Jean-Baptiste Gournay et sa nièce procèdent dans l’église aux derniers préparatifs de la procession du 15 août. C’est alors en s’approchant des tentures de l’église avec une bougie que la nièce déclenche un incendie que rien ne pourra arrêter. Privé à cette époque d’eau courante, l’incendie se propage à vitesse grand V et l’on assiste impuissant à un spectacle de désolation

Pour faire oublier ce malheur, le village d’Offekerque disposant de nombreux atouts favorables continue de prospérer. Situé au cœur d’une région agricole, il intensifie ses cultures de chicorée, de betteraves et de lin favorisant ainsi l’arrivée de riches mécènes qui ne tarderont pas à financer le début des travaux de reconstruction de l’église. Outre la ferveur religieuse de ceux qui multiplieront kermesses et quêtes pour participer au financement, les travaux peuvent enfin commencer. Ils vont durer 2 ans. L’église fut reconstruite entre 1935 et 1936 sous le vocable de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus (seule statue ayant échappée aux flammes).

Pour redessiner le projet, on fait appel aux architectes audomarois Gustave Vandenbergue (architecte de la chapelle Ste-Thérèse d’Audenfort, également connu pour ses gravures de moulins) et Joseph Philippe (élève préféré du moine architecte de Wisques, Dom Bellot surnommé «le poète de la brique»). Ils présentent un projet de style moderniste avec pour matériau principal la brique «blonde de sable», typique de la région du delta de l’Aa. On remarque aussi l’utilisation d’autres matériaux de notre région comme le marbre de Marquise, le « Lunel » en parement de murs et d’autres symboles qui nous sont proches : la représentation de Notre-Dame de Boulogne sculptée au tympan de la porte (sans doute grâce à l’abbé Gournay natif du Portel)

Pour la maîtrise d’ouvrage, on fait appel au Belge Sussenaire et pour la décoration au peintre Lucien Jonas (1880-1947). Peintre militaire agréé (ami de l’abbé Lemire, créateur des jardins ouvriers),Lucien Jonas s’illustre à partir de 1933 dans la création de billets de banque et dans la réalisation de décors pour l’Exposition Universelle de Paris en 1937. Il laisse à l’église d’Offekerque un ensemble décoratif remarquable : un chemin de croix sous forme de fresques multiples et dans le choeur de l’église, une grande crucifixion. Au pied de la croix, il a représenté d’un côté les souffrances des soldats à la guerre et de autre celles des travailleurs.

On doit sans doute à la rencontre de toutes ces personnalités, l’utilisation en décoration des céramiques des ateliers de Wisques.

L’incendie de 1968 : le coup de grâce

Le dimanche 24 mars 1968, alors qu’une séance extraordinaire du conseil municipal vient de procéder à l’élection du nouveau maire du village, l’abbé Germain Kuipers célèbre comme chaque dimanche, la « grand messe » devant une centaine de paroissiens. Il vient de ralentir le poêle à charbon qui s’emballait, lorsque soudainement, il entend des craquements du côté de la voûte étanche qui couvre l’édifice. Soudain, le feu qui s’était déclaré sous le clocher de l'’église fait éclater une à une les ardoises du toit et les premières flammes apparaissent. Plus de doute, un nouvel incendie !

Le nouvel élu et son conseil se ruent vers l’église en flammes. Et c’est dans le plus grand calme que l’église est évacuée. Pour éviter un appel d’air, la porte principale est condamnée et l’on sort les choses les plus précieuses par l’arrière. Sans bouche d’incendie au centre du village, il faut dérouler, selon la presse de l’époque, près de mille mètres de tuyaux pour capter l’eau des watergangs. Dans l’après midi, la voûte s’écroule dans un fracas assourdissant laissant par chance les murs intacts. Riche de l’expérience du passé, la commune a eu la sagesse de contracter une importante assurance.

Devant les quelques difficultés à retrouver des matériaux de la même époque, l’architecte Vandenbergue peut mener à bien la nouvelle reconstruction de l’église meurtrie. Pour ses déboires mais aussi pour son modernisme, l’église d’Offekerque mérite une attention particulière.

Eléments remarquables

L’église est en briques blondes de l’Aa avec un toit en ardoise Le portail renferme une porte en chêne à deux ouvrants. En haut de la porte d’entrée, sur le tympan, une fresque sculptée en 1953, représente Notre Dame de Boulogne et l’enfant Jésus dans une barque. Le cœur d’or est le symbole de l’amour que Dieu porte aux hommes.

Le chemin de croix de Lucien Jonas date de 1936. Il s’agit d’un ensemble de quatorze tableaux sur toiles. Lucien Jonas est un artiste réputé de son époque, peintre, militaire agréé, il s’illustre en créant un billet de banque en 1933 et en réalisant des décors pour l’exposition universelle de Paris en 1937.

Le mur du chœur est recouvert d’une grande fresque de Lucien Jonas. Elle date de 1937.
Elle représente une grande crucifixion qui montre, au pied de la croix, les souffrances des soldats en guerre et celles des travailleurs. Le baptistère comporte une superbe cuve qui servit aux baptêmes de 1936 à 1968.
Chaque année, à Noël, on enlevait le baptistère pour y mettre une crèche. Les murs intérieurs de l’église sont parés de marbre de Lunel provenant des carrières de Marquise. La pose de ce marbre a commencé en 1949. Les vitraux consacrés à St Eloi, St Jean Baptiste, St Nicolas côté droit et à Ste Catherine, Ste Jeanne d’Arc et à Ste Anne côté gauche ont été offerts par des familles de la commune. Soufflés par un bombardement allemand en mai 1940, ils ont été remplacés en 1947.

Sainte Thérèse

Ste Thérèse est née à Alençon le 2 janvier 1873, elle est la fille de Zélie et Louis Martin, elle perd sa mère à l’âge de 4 ans et demi.
Avec une autorisation du Pape, elle rentre au Carmel de Lisieux à 15 ans.
Après 9 années de vie religieuse, elle meurt le 30 septembre 1897 à 24 ans de la tuberculose.
Elle est béatifiée par le Pape Pie XI le 29 avril 1923 à Rome et canonisée le 17 mai 1925 à Rome par Pie XI. Elle est la patronne des Missions.